19 mars 2020

[Interview] de Romain Gola, auteur de l’ouvrage « Droit du e-commerce et du marketing digital »

  • Vous avez publié en juillet 2019, un livre sur le droit du marketing digital et du e-commerce. Votre livre a pour objectif de détecter, d’évaluer et de traiter les risques juridiques liés au secteur du e-commerce, afin d’en assurer la conformité avec la loi.

En effet, mon ouvrage se présente comme un guide juridique à l’attention du e-commerçant et des spécialistes du marketing et de stratégie digitale. Le livre est structuré autour de 7 chapitres correspondant à des risques juridiques majeurs. Je voulais aussi démontrer que les juristes et marketeurs sont plus que jamais au cœur de la stratégie des entreprises et doivent collaborer étroitement afin de concilier les exigences du marketing digital et les contraintes légales.

 

  • Avec l’entrée en vigueur du RGPD, la loi renforce les obligations et sanctions des entreprises et des dirigeants, faut-il s’inquiéter de cette évolution ?

Pas nécessairement. Les spécialistes du marketing doivent s’adapter et revoir la manière de s’adresser à leurs clients. En matière de publicité digitale par exemple, l’utilisation des données personnelle à travers le ciblage du comportement des internautes de plus en plus affiné avec le développement du big data, des objets connectés et des algorithmes pose de nombreux problèmes juridiques et des réflexions éthiques relatives au risque de la collecte systématique des données. Pour éviter les sanctions lourdes du RGPD, il devient impératif d’en respecter les principes (compliance). Il faut considérer les contraintes légales comme des sources d’opportunité.

 

  • Concrètement que préconisez-vous ?

Rédiger une politique de confidentialité claire, facile à lire, mettant en avant les droits des utilisateurs en matière de protection des données (droit d’accès, de rectification) afin de rassurer le client. J’apporterai également un soin particulier à la rédaction des conditions générales de vente (CGV) et plus particulièrement celle des « marketplace » en mettant en avant les droits des consommateurs comme le droit de rétractation de 14 jours par exemple qui correspond en marketing au principe du « satisfait ou remboursé ». Les entreprises doivent aussi adopter une attitude franche, loyale et transparente vis-à-vis de leurs clients. D’ailleurs certaines de ces obligations de transparence sont déjà imposées pour les plateformes en ligne par la loi sur la république numérique et prochainement par le règlement européen Platform to Business qui entrera en application en juin 2020.

 

  • Si je comprends bien vous considérez que le respect de la législation peut constituer un avantage concurrentiel, voire un argument marketing ?

Exactement ! J’ajouterai que pour conserver une bonne e-réputation, améliorer son taux de transformation et fidéliser ses clients, un site marchand a tout intérêt à rassurer ses clients en respectant leurs droits et en les informant le plus possible dans ses conditions générales de vente et sa politique de confidentialité. La concurrence est rude dans l’e-commerce. Il faut se démarquer. Ceci est d’autant plus vrai que le consommateur voit son pouvoir renforcé à travers les blogs et les réseaux sociaux et la rédaction d’avis en ligne.

 

  • Vous faites allusion aux risques de bad buzz ?

Oui, les risques de bad buzz sont réels et sont souvent plus dévastateurs pour l’entreprise qu’une sanction financière !

 

  • Vous abordez aussi dans votre livre les questions relatives à la propriété intellectuelle.

Oui tout à fait. Le droit constitue une source de valorisation et de protection de ses investissements. Les questions liées au droit de la propriété intellectuelle (propriété du site marchand et de sa charte graphique), de la propriété industrielle (protection de sa marque contre le cybersquatting, contre l’utilisation de sa dénomination ou sa marque dans les outils de référencement) sont également abordées dans l’ouvrage.

 

  • Un mot pour conclure…

Si le but ultime du marketing digital et de la publicité est d’anticiper aux mieux nos besoins pour « mieux consommer », il doit s’inscrire dans un cadre respectueux. Il ne faut pas hésiter à recourir à des professionnels du droit (avocats, juriste) ce qui implique nécessairement un investissement en temps et argent. Mais le respect de la législation et plus généralement de l’éthique permet de prévenir de nombreux conflits (procès, sanctions financières, bad buzz) et acquérir indirectement de nouvelles parts de marché. Cette démarche s’inscrit dans une innovation responsable. Il est urgent de changer d’état d’esprit et considérer les contraintes légales comme vecteur de croissance !

Droit du e-commerce et du marketing digital
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Romain V. Gola